Bitcoin au Salvador – adoption historique ou choix imposé ?

Un mois d'enquête pour dépasser les récits
Pour certains, la loi Bitcoin au Salvador incarne une avancée historique vers la souveraineté monétaire, portée par un président visionnaire. Pour d'autres, elle illustre précisément l'inverse : une décision imposée d'en haut, sans débat démocratique, dans un pays où l'état d'urgence reste en vigueur depuis 2022 et où plus de 80 000 personnes ont été incarcérées en quelques mois au nom de la lutte contre les gangs.
C'est pour traverser cette tension que Off-Chain Media a passé un mois au Salvador, à la rencontre de citoyens de tous horizons, de partisans de Nayib Bukele comme de ses opposants, dont Claudia Ortiz, députée à l'Assemblée législative.
Le résultat est un documentaire d'1h30 : « Du pays le plus dangereux au monde à l'adoption de Bitcoin : la transformation du Salvador ».
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Pour comprendre le personnage de Bukele, il faut revenir au contexte. Élu en 2019 avec 53 % des voix, il incarnait l'espoir de restaurer l'ordre dans un pays ravagé par des décennies d'influence des gangs. La politique sécuritaire qui a suivi a été saluée par une large majorité de la population salvadorienne, tout en suscitant de vives critiques sur le plan des droits de l'Homme.
C'est dans ce contexte que la loi Bitcoin a été adoptée, perçue par une partie de la population comme une mesure supplémentaire imposée sans consultation. Une perception que le documentaire cherche précisément à interroger, sans chercher à trancher à la place du spectateur.
Ce que le terrain révèle
Sur le terrain, la réalité de l'adoption est plus nuancée que les discours ne le laissent entendre. Des économies circulaires en BTC existent, notamment à El Zonte et Berlín, mais en dehors des zones touristiques, l'usage quotidien du Bitcoin reste marginal. De nombreux commerçants, parfois peu à peu, ont cessé de l'accepter, indépendamment de ce qu'imposait la loi.
Fin 2024, un accord entre El Salvador et le FMI est venu modifier la « Bitcoin Ley » : suppression de l'obligation pour les commerçants d'accepter le BTC, fin de la possibilité de payer ses taxes en Bitcoin, retrait du gouvernement de la gestion du Chivo Wallet. Des ajustements qui ont relancé le débat sur la solidité de l'expérience salvadorienne.
Ce qui persiste, en revanche, ce sont les programmes éducatifs. Mi Primer Bitcoin et Node Nation continuent de former les jeunes générations dans les écoles salvadoriennes, construisant une adoption qui repose sur la compréhension plutôt que sur la contrainte légale.
La question posée par le documentaire reste ouverte : l'adoption du Bitcoin au Salvador est-elle le fruit d'une conviction collective ou d'une décision autoritaire ? Le terrain ne permet pas de trancher, il oblige surtout à nuancer.





